Gaz de schiste : l'effet Fukushima

La question de l’exploitation du gaz de schiste a donné lieu à un rare spectacle d’unanimité politique : le PS et l’UMP ont déposé deux propositions de loi, par la voix des présidents des deux groupes et largement cosignées, pour en demander séance tenante l’interdiction… L’urgence était telle que le gouvernement a opté pour la procédure accélérée, permettant l’examen de la proposition de loi UMP dès le 10 mai..

Si l’on ne peut que se réjouir de cette prise de conscience environnementale, on ne peut que s’interroger sur sa soudaineté et sa sincérité. En réalité, deux effets ont joué : l’effet des cantonales et l’effet Fukushima.

  • L’effet Fukushima est naturellement le plus important : en amenant de façon fracassante la question énergétique sur la table, la catastrophe japonaise a imposé aux politiques des deux camps de se saisir du premier thème disponible pour montrer leur fermeté. A cet égard, Fukushima aura vraisemblablement un impact sur les questions énergétiques semblable à celui que le sang contaminé a eu sur les questions de santé, avec les mêmes potentiels d’amalgames généralisés et de décisions à l’emporte-pièce.
  • L’effet cantonales, ensuite. Après Fukushima, la crainte a été de voir se produire le scénario des européennes de 2009, avec des Verts surfant sur la question de l’abandon du nucléaire. On ne peut que s’étonner d’ailleurs que le débat sur le gaz de schiste ait complètement pris le pas sur celui de l’énergie nucléaire, alors même que les risques liés à l’exploitation du gaz de schiste (pollution des nappes phréatiques, émission de gaz à effet de serre…) sont bien plus limités que celui d’une catastrophe nucléaire.

L’application et la ferveur avec lesquelles les politiques de toutes les sensibilités s’insurgent contre la production de gaz et de pétrole de schiste soulève donc le doute sur leurs vraies motivations. La palme, en ce domaine, revient sans doute à Jean-Louis Borloo qui, en avril 2010,  avait accordé en toute discrétion les permis de prospection pour le gaz de schiste au groupe français Total et l’américain Schuepbach Energy… avant de présenter un an plus tard une proposition de loi visant à interdire leur exploitation.

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